ARTISTE:

D'ARCANA

(ETATS UNIS)
TITRE:

D'ARCANA

(2004)
LABEL:

AUTOPRODUCTION

GENRE:

ROCK PROGRESSIF

TAGS:
Old School, Psychédélique
""
SMILE (03.12.2007)  
3/5
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2004. Californie. Un trio de musiciens emmené par un multi-instrumentaliste aux talents multiples apparaît sur les devants de la scène progressive, nous délivrant son premier album, au titre éponyme. Une première offrande appelée à matérialiser ses aspirations et ses idées musicales. Ainsi naquit "D’Arcana", métaphore symbolique aux allures mystiques dont le sens, « De Magie », laisse augurer d’un projet qui se veut ambitieux, par son essence même. Parvient-il toutefois, au gré de ses notes, à envoûter, à transcender ? Mieux, fait-il étalage de ses pouvoirs surnaturels pour arracher le simple mortel à la morosité ambiante d’un monde matérialiste dénué de divination, de fascination et d’enchantement ? Le défi autoproclamé s’apparente à un pari osé. Vérité ou illusion ?

Bien plus qu’un sortilège, "D’Arcana" s’apparente davantage à un miroir à deux faces, à un visage aux expressions contraires, à un univers insaisissable aux interprétations opposées ; entre paradis artificiels et textures ténébreuses, entre charmes naturels et contrées impénétrables, entre jouissance et déplaisir.

Hermétique pour commencer. Baignant au cœur d’une atmosphère aux couleurs psychédéliques très début seventies, ce propos musical cherche à fusionner les genres, empruntant à ce courant son inventivité et sa fantaisie pour le mélanger aux échos plus distants d’un prog aux tendances « folk » prononcées. S’efforçant d’unir ses différentes influences (Pink Floyd, Van Der Graaf Generator, YES, Genesis), son propos musical tend à s’étendre pour ériger un melting-pot improbable. Il en résulte un univers au premier abord difficile d’accès, imperméable. A la fois proche de ses guides spirituels mais en même temps si éloigné, il réunit ces différentes tendances sans pour autant égaler le génie de ses glorieux aînés. Le fruit de cet assemblage difficile peut ainsi ébranler les repères et rebuter.

Irrégularité et inconstance ensuite. Les titres de cet album, autant d’étapes qui jalonnent son univers, se révèlent d’une qualité fort inégale. Tantôt inondants et planants, abrupts et directs, harmonieux et discordants, mélancoliques et énergiques. Cette recherche des différences, bien que louable, désoriente et déprogramme nos attentes. Les changements de styles, de genres, d’émotions se révèlent par moments peu évidents, imbuvables et malvenus. L’enchaînement des différents titres n’apparaît pas toujours approprié. Faute de goût ou heurt volontaire ? Fallait-il, après l’ébouriffant « Set In Stone », tourbillon de sons « prog » dissonants et délire psychédélique somptueux de folie et de délivrance irraisonnée, appondre deux pièces aux réminiscences mélancoliques et au tempo lancinant quasi identique ? La rupture, renforcée par cette répétition, s’avère abrupte, déstabilise les sens et efface de la mémoire ce puissant moment jubilatoire qui semble soudainement si éloigné. L’univers qui nous entoure apparaît alors bancal, bicéphale, manquant d’unicité. Et puis, il y a ces arrangements vocaux qui, rappelant divinement par moments les spectres d’un Roger Waters, d’un Peter Hammill ou encore d’un Tony Carey, se noient parfois dans ce foisonnement sonore.

Et la magie dans tout ça ? "D’Arcana" ne serait-il qu’une imposture ? Le temps passe, les minutes défilent et rien.. toujours rien. Et puis, soudain, si loin, un espoir, un reflet lumineux, un bijou scintillant ; « Ancient Future ». Ce puissant titre émerveille, étincelle et réunit en son cœur toutes les tendances présentes au sein de l’album, suprenant même à assembler des airs mélancoliques floydiens au country rock entraînant des Eagles. Apparaissant jusque là en contradiction et opposées, ces différentes influences fusionnent soudainement comme par enchantement pour former un ensemble harmonieux et limpide qui transporte les sens hors de tout contrôle, plongeant l’écoute dans une béatitude et une rêverie qui ne laissent aucune place à toute tentative de maîtrise, de compréhension, de raison. Survient alors la révélation ! La magie opère enfin ! Dans cet état de transe, l'album prend une autre dimension et chacune de ces pièces s’assemble soudainement ; le puzzle prend forme et se révèle enfin : « Changes » à la beauté captivante, « Pastozaporius » au doux mariage inspiré de Frank Zappa avec Jaco Pastorius, « Set In Stone » aux effluves ensorcellantes, « s.u.a.p.y.g » et « Once In A Lifetime » aux textures planantes et atmosphériques évoquant le « No Man » de ses débuts. Les passages difficile d'accès révèlent alors, de manière inattendue, une harmonie insoupçonnée. Les voix prennent de l'ampleur et, par moments, semblent constituer les seuls timbres sonores parfaitement à même d'accompagner au mieux ce témoignage musical. Les cordes de la guitare laissent transparaître une émotion multiculturelle, entre tendance rock ("Set In Stone"), folk ("Changes"), néo progressif mélodique ("Ancient Future"), acoustique ("Nightshade", "Let It Out", "Windows Through Time") et même fusion ("Pastopazorius") apportant une richesse diversifiée à l'ensemble. D'Arcana a ainsi le mérite de parvenir, au travers de titres courts et assimilables, à simplifier et à rendre abordable et mélodieux des sonorités psychédéliques parfois complexes et impénétrables qui, de coutume, s'étendent sur de longs passages pouvant décourager.

N’est-ce pas finalement le propre de la magie que de demeurer insaisissable ? Pourquoi donc chercher à la comprendre ? Se laisser bercer et envelopper par cette atmosphère psychédélique sans s’efforcer de la contrôler, n’est-ce pas là son message ? Appréhendé ainsi, "D’Arcana" apparaît alors comme une œuvre spontanée, libre, bohème, personnelle, comme exprimée d'instinct et comme si elle était jouée naturellement sur scène, dont l’originalité apporte un vent de fraîcheur bienvenu dans un monde progressif où les tendances actuelles tendent à s’uniformiser au sein d’un même créneau, plus moderne et davantage standardisé. Une réussite ? Pas sûr. Un univers surprenant ? Sûrement. L’émergence d’un potentiel ? Sans doute. Mais un potentiel encore à l’état brut et non dénué de faiblesses qui gagnerait, à l’avenir, à s’élever sur les traces du magique « Ancient Future ».

Au final, "D’Arcana" se révèle être une découverte intéressante mais incertaine. Probablement davantage destinée à être accueillie par les âmes dont l’amour pour le rock progressif "seventies", psychédélique et atmosphérique et pour les références précitées est religion. Pour les autres, le voyage jusqu’à cet état d’extase et de transe verra-t-il le jour ? Rien n’est moins sûr. Et vous, de quel côté du miroir vous situerez-vous ?


Plus d'information sur http://www.darcana.com/index.html





LISTE DES PISTES:
01. Miles Away - 3:28
02. Picture This - 2:45
03. Once In A Lifetime - 3:02
04. Changes - 9:13
05. Pastozapotorius - 3:13
06. Set In Stone - 6:59
07. Nightshade - 3:22
08. Let It Out - 3:42
09. s.u.a.p.y.g. - 6:05
10. Windows - 1:55
11. Ancient Future - 13:51

FORMATION:
James Camblin: Guitares / Backing Vocals
Jay Tausig: Chant / Guitares / Batterie / Synthés, Percussion, Flûtes, Dulcimer, Cello
Shelby Snow: Basse / Percussion, Backing Vocals
   
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