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TITRE:

BEHEMOTH (20 NOVEMBRE 2013)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

BLACK METAL



Le temps de découvrir "The Satanist" en avant première sur son ordinateur et de se prendre une claque auditive monstrueuse, Adam Darski, le frontman tout autant controversé que son groupe Behemoth, recevait MusicWaves...
PHILX - 11.02.2014 -
5 photo(s) - (2) commentaire(s)

Ben Sahar m'a replongé dans les sonorités du Black Metal des 90's, ça fait un bien fou!

C'est vrai qu'il y a des sonorités similaires ! Cette chanson est la première ou deuxième qu'on ait écrit pour cet album et elle a bien failli ne pas y figurer ! Ben Sahar, en hébreu, est Lucifer. On la répétait souvent en studio, mais je n'arrivais pas à poser les bons textes dessus. Mais on l'a quand même enregistrée, et j'ai posé des lyrics au dernier moment. On s'est ensuite retrouvé pour discuter longuement sur sa présence ou non sur l'album. Elle a du Bathory, avec un certain Groove. Tu vois, on a toujours tendance à se faire la course, au sein même du groupe, à se surpasser, etc. Et on est toujours attendus par des shredders qui vont analyser les performances. Pour ma part, je n'ai même plus envie de me faire ma propre compétition. Je vieillis, les émotions que je dégage, avec l'expérience, viennent plus naturellement. J'arrive à faire monter ces émotions et à les capturer. C'est ce qu'on appelle la maturité. On n'a pas voulu se restreindre sur cet album. Il y a des riffs sur cet album que je n'aurais jamais sorti 6 ou 7 ans plus tôt parce que ce n'était pas assez ambitieux..." et maintenant, je plaque un accord et je peux le faire tourner ! Tant qu'on aime ce qu'on fait, on continue, n'en déplaise aux shredders, au public, aux maisons de disque... C'est nous, point barre.




'Messe Noire' également débute en slow-tempo pour au moins le doubler à mi-parcours et finir par un solo monumental d'une minute, c'est grand! L'enchainement avec 'Ora Pro Nobis Lucifer' est très fluide et maintient un rythme effréné!


Merci! J'aime aussi particulièrement le booklet sur lequel nous avons beaucoup travaillé. C'est un parisien qui a réalisé l'agencement tu vois, il y a du français dans cet album (rires). Pareil pour les paroles, on les a écrites à la main, elles sont à peine lisibles, on veut que les gens focalisent sur la musique. C'est très artistique. Il y avait tellement de façon de changer la formule qu'on suivait depuis tant d'années. Les albums, tout en étant très différents, suivaient une sorte de ligne conductrice, que j'ai voulu rompre cette fois-ci. Notre musique est plus importante que nos egos. Pareil, sur la jaquette, on n'a pas voulu faire apparaitre le nom du groupe, pour ne pas gâcher la peinture que Denis Forkas nous a faite.



Au sujet de l'artwork, il s'est dit que ton sang a été utilisé pour le faire... Info ou intox?

C'est une info, c'est vrai. Ca a pris plus d'ampleur que prévu, mais c'est exact. Tu vois, c'est la Vie qui m'a dicté de le faire. C'était loin d'être une stratégie marketing. Toutes les 2 ou 3 semaines après mes séances de chimio, j'allais passer des tests sanguins et ils me prenaient je ne sais combien de tubes. C'est en voyant ça que l'idée m'a frappé, ça faisait beaucoup de sang, je pouvais bien leur en prendre un pour moi ! Ils ont mis de l'anti-coagulant et je l'ai donc conservé au frais jusqu'au jour où, en tournée en Russie, je savais que j'allais rencontrer Denis pour parler de la prochaine pochette. Ce mec-là est complètement barré, incontrolable ! Je savais qu'il allait aimer l'idée. L'oeuvre originale est immense, elle fait je ne sais combien de mètres de long !


Tu as pu la garder?

Non ! Mais j'y travaille  (rires) !!! Sur cet album, on a voulu rompre avec le travail intellectuel trop en amont et se baser davantage sur notre instinct, à travers l'art seulement. Tu vois, je trouve qu'aujourd'hui, on parle vraiment trop. Je pourrais parler à en mourir mais pas avec cet album : quand on avait une idée, c'est qu'elle était déjà bonne... Pas besoin de polémiquer. Si elle avait émergé de l'un de nous, elle était déjà bien réelle, matérialisée donc déjà valable. Au lieu de tuer nos meilleures idées à force d'en parler, on leur a donné toutes leurs chances.





Tu penses avoir "tué" d'excellentes idées sur des albums précédents?

Je ne dirais pas "tué" mais plutôt surexploité, en élaborant à outrance. Tu vois, "The Apostasy" en est le parfait exemple. Il est trop long, on l'a trop travaillé. "The Satanist" est guidé par l'intuition, notre feeling. Il vient plus du coeur que du cerveau.


Tes problèmes de santé ont joué sur cette philosophie, non?

Oui, c'est certain. Et je dirais que la vie m'a appris à dorénavant regarder de l'avant, me pardonner pour le passé et profiter du moment présent et à venir. Tu vois, cet album pourrait bien être mon dernier. J'aimerais qu'il y en ait six de plus mais je ne peux en être sûr avec ce que j'ai vécu. Je veux prendre conscience que notre conversation par exemple pourrait être ma dernière. Donc je vais donner tout ce que j'ai pour que vous fassiez la meilleure que vous n'ayez jamais faite (rires) ! Je ne veux plus faire les choses à moitié.


Comment le groupe a-t-il vécu ces changements de vision?

Je ne sais pas vraiment en fait. Dans notre éducation, nos grand-pères ne parlaient pas à nos pères, et nos pères ne nous ont pas parlé. Donc je ne me livre pas aux gars du groupe. On garde tout pour nous. Personne ne nous a appris à faire autrement. La plupart du temps, c'est même considéré comme un truc de femmes. Les hommes ne parlent pas d'eux. C'est dommage, il faudrait savoir parler de qui on est, de nos points faibles, nos émotions, etc. 


Mais ils ont quand même dû observer que tu changeais, non?

Oui, et j'aimerais penser qu'ils essayent ou ont essayé de me suivre. En tout cas, ils ont été très patients et tolérants. On est tous très fiers et très heureux de cet album et de la façon dont il a été fait. Même si on ne sait finalement pas utiliser les bons mots de la bonne manière, on se ressent. Ou du moins, j'aime penser ça (sourire).


Comment vas-tu, aujourd'hui, tu es complètement rétabli?

Je suis complètement rétabli, oui. De ma maladie, je me suis dit que si je m'en sortais, je ne voulais pas seulement continuer ma vie, hobbies et tout comme avant, mais tout élever beaucoup plus haut. Dans les relations avec les autres, l'amitié, la musique, le sport...


"The Satanist" est un titre très provocateur qui pourrait laisser croire que vous y donnez un certain crédit…

J'adore semer la confusion, rendre les choses vraiment étranges. Et de façon générale, j'aime voir les choses dans un ensemble. Le titre ne devrait pas susciter de question. C'est très simple, un mot, clair, point. Mais je t'accorde que même les choses les plus simples peuvent prendre une dimension très complexe et renfermer plusieurs sens. Chacun a sa propre interprétation du Satanisme, c'est fascinant. Et le fait que je sois polonais, avec mes fantômes... ça complète le tableau. J'aime penser hors des limites, hors du cadre donné, sortir du cliché du Metal, élever le niveau et à la fois donner un titre aussi brutal que ça (rires). 


Tu es également jury de l'émission The Voice en Pologne, qui est un pays très religieux. En France, ce serait déjà impensable d'avoir un artiste comme toi, mais en Pologne... 

C'est inédit et précurseur. J'en suis très fier ! Je voyage beaucoup en Europe et aux Etats-Unis et on me pose beaucoup cette question : comment un mec du Metal se retrouve sur une télé publique devant quelques millions de téléspectateurs. Tu n'imagines même pas le nombre de lettres et plaintes qu'a reçu la chaine sur ma présence. Imaginez un peu ce que je vis. Je suis bien payé pour être assis là, mon contrat est ficelé de sorte qu'ils ne peuvent pas me virer car s'ils le faisaient, ils pourraient bien se retrouver à poil. C'est jouissif car je peux mettre un coup de pied dans la fourmilière. Je n'ai pas d'effort à faire, je suis moi-même, dis ce que je pense, et j'ai même gagné!





Quelle est la question qu'on t'a trop souvent posé? 

Il y en a surement une... (il cherche quelques longues secondes, ndlr) Oui, il y a eu un moment où je demandais carrément à ce qu'on ne me pose pas de question sur mon ex-fiancée, Doda (Dorota Rabczewska, ndlr) et sur notre rupture. 


Quelle est celle qui, au contraire, te ferait plaisir d'aborder?

Comment s'est passé mon voyage au Népal dont je viens tout juste de rentrer? 


Et…?

Et j'ai des histoires de dingue sur ce pays. J'ai vu des choses que les touristes n'osent pas voir et je ne pourrais même pas te raconter, je resterai aussi mystérieux que je peux l'être (rires)... Le prochain album de Behemoth pourrait y piocher des influences ! On avait déjà abordé le Kindo auparavant, mais il y a tellement de choses qui t'explosent la tête... J'adore ce pays.


Quel pourrait être ton meilleur souvenir d'artiste?

Tu sais quoi ? Je n'aime plus vraiment regarder en arrière. Aujourd'hui, on est là, à parler du nouvel album donc mon meilleur souvenir c'est ici et maintenant.
J'étais encore sur scène il y a deux jours, et j'aime vraiment penser que chaque moment est le meilleur que je vis. J'aime voir le futur de cette façon et continuer à positiver.


Y aurait-il un pire?

Je pense qu'il y a toujours un pire pour compléter le meilleur, et c'est ce qui fait un équilibre.


Aurais-tu un dernier mot à dire aux lecteurs de MusicWaves?

"Ca va?" (rires). "Alouette, gentille alouette, alouette, je te plumerai!" C'est énorme parce qu'on a voyagé à Pokhara, Katmandou, et dans le même bus, il y avait des français avec nous et on chantait Alouette ensemble ! On s'est vraiment amusé. Ce genre d'anecdote est tellement plus intéressante pour les fans qu'un bête "Stay Evil" trop cliché.





Merci beaucoup Adam!

Merci pour l'interview!


Plus d'informations sur http://www.behemoth.pl
 
(2) COMMENTAIRE(S)  
 
 
METALNATURE
13/02/2014
  0
Très intéressant, ça donne envie de se plonger dans l'album, merci!
THIBAUTK
11/02/2014
  1
Merci à PhilX pour hisser bien haut l'étendard du black metal et plus généralement du métal. Un interview d'un groupe de black sur un webzine progressif, c'est inespéré, miraculeux voire même diabolique.

On découvre un Adam Darski aux réponses intéressantes, un personnage attachant et humain.
Bravo pour cette tranche de metal sombre et extrême.
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