MW / Accueil / Articles / INTERVIEWS - LALU (09 DECEMBRE 2021)
TITRE:

LALU (09 DECEMBRE 2021)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK PROGRESSIF



Après huit longues années de silence, Lalu revient aux affaires avec un album retour aux sources du progressif... C'est avec un grand plaisir que Music Waves fait le point avec ses principaux protagonistes !
STRUCK - 07.01.2022 -
9 photo(s) - (0) commentaire(s)

Huit ans, il aura de nouveau fallu attendre huit longues années pour que Vivien Lalu donne un successeur à "Atomic Ark" qui était lui-même sorti huit ans après "Oniric Metal". Mais cette fois-ci, beaucoup de choses ont changé à commencer par une signature chez Frontiers Records... Pour l'occasion, Vivien Lalu et son acolyte Jelly Cardarelli -le batteur aussi talentueux qu'il multiplie les projets (Adagio, Klone, Disconnected, Black Hellebore...)- ont voulu faire un album de "Yes metal". Pari réussi, "Paint the Sky" est un excellent retour aux sources du rock progressif rafraîchissant qui en appelle d'autres très rapidement...





Nous nous sommes rencontrés il y a douze ans maintenant et à l’époque, je ne posais pas la question désormais traditionnelle du site, à savoir : quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée et à laquelle tu aurais marre de répondre ?

Vivien Lalu : "Pourquoi Jordan Rudess joue dans cet album ?" (Rires). En fait, il y a beaucoup de questions concernant les guests


Et on ne te la posera pas… Mais on aurait pu commencer en te demandant pourquoi tu as mis neuf années pour donner une suite à "Atomic Ark". Mais il faut quand même rappeler qu’il y a trois ans tu as sorti le projet "Celestial Spheres" qui regroupe une série de compositions plutôt ambient et des bandes-sons qui ont été composées pour diverses occasions (jeux vidéo, télévision, cinéma). Déjà à l’époque de ta précédente interview pour Shadrane tu nous parlais de cette activité. La création pour tous ces médias est quelque chose que tu pratiques régulièrement ?

Vivien : Oui tout à fait ! Ça s’est un peu calmé ces dernières années mais effectivement, il y a eu toute une époque où j’ai un peu lâché la production d’albums metal/ progressif… pour bosser dans des studios de jeux vidéo, faire du sound design, faire de la musique pour jeux vidéo… J’ai également fait des musiques pour des pubs, des documentaires…


Cette signature avec Frontiers Records pour divers albums va changer la donne parce que ça me permet de me concentrer sur la musique




Et pourquoi ce retour aux sources de la production d’album progressif, pour le coup ?

Vivien : En fait, le côté faire de la musique pour documentaires, pour la télé, même si c’est génial, c’est le rêve de tout compositeur de pouvoir bosser dans ce domaine, ça reste alimentaire. Mais je suis toujours passionné de prog, de metal et le problème est que pour produire des albums de ce type, c’est très difficile de le faire tout seul. Jusqu’à présent, je n’avais pas vraiment l’accompagnement adéquat si bien que je fonctionnais beaucoup avec du love money à savoir que c’étaient mes parents qui participaient financièrement à la production parce qu’un album, ça coûte cher. Ma famille était donc entraînée dans l’aventure. Pour moi, cette signature avec Frontiers Records pour divers albums va changer la donne parce que ça me permet de me concentrer sur la musique et de soulager ma famille également (Rires)… Ça promet de belles choses pour l’avenir !


Tu annonces la couleur de suite à savoir qu’il ne faudra pas attendre huit ans avant la sortie du prochain Lalu ?

Vivien : Exactement !


Tu remets donc le pied à l’étrier avec un line-up stable comme semble l’indiquer la présence de Jelly à tes côtés ?

Jelly Cardarelli : Jusqu’à ce qu’il me vire et trouve un meilleur batteur (Rires) !

Vivien : Il ne faut jamais dire jamais, mais ce n’est pas possible de trouver un Jelly-bis. Non vraiment, j’ai eu beaucoup de chance de trouver Jelly qui incarne selon moi la fusion des deux batteurs que j’avais avant sur ce projet à savoir le côté très carré, metal, heavy de Ryan Van Poederooyen et le côté vraiment hyper technique et groove de Virgil Donati -Virgil Donati qui aime beaucoup le jeu de Jelly, soit dit en passant…


Mais Jelly tu as une actualité brûlante entre la sortie du dernier Black Hellebore, du prochain Disconnected…

Jelly : … et ce n’est pas fini parce que d’autres albums vont sortir…


… comment gères-tu cette multiplication de projets ou as-tu mis à contribution le Covid qui nous a tous bloqués chez nous pour multiplier les projets ?

Jelly : C’est le côté positif du Covid c’est-à-dire que j’ai eu le nez fin il y a quelques années de prendre la décision avec mon meilleur ami de monter un studio d’enregistrement, ça fait quelques années maintenant… Et depuis 2014-2015, on apprend à faire du son et à force de faire de la musique, de rencontrer des gens… je fais tourner le studio. Et les choses font qu’en 2016-2017, je rejoins Klone puis Adagio : ça m’a fait pas mal de promos ainsi qu’à mon studio.
Et il se trouve que je me suis trouvé dans une super bonne période au moment où le lockdown est arrivé, au moment pile où mon studio était opérationnel, où j’avais du temps libre… j’ai plein de groupes mais ne pouvant plus faire de concerts et qui se sont présentés à moi pour enregistrer des albums…


Mais à un moment donné, on va se débarrasser de ce virus. Dans ces conditions, il faudra faire des choix…

Jelly : Je prends souvent l’exemple de Bruce Dickinson puisqu’on dit qu’il a 18 vies -il est animateur radio, prof d’histoire, champion d’escrime, pilote d’avion, chanteur d’Iron Maiden…- je pense qu’on peut tout faire : c’est une question d’organisation.
Je passe beaucoup de temps dans mon studio à enregistrer de la batterie…


Plus je vieillis, plus je reviens aux sources




A enregistrer notamment cet album "Paint The Sky" qui est un album très surprenant car extrêmement diversifié : les premiers titres font très prog rock avec un esprit 1970, viennent ensuite des tonalités plus 1980 avec des touches de soul, de pop ou de jazz-fusion un peu partout. Les références des deux précédents albums qui pouvaient aller de Devin Townsend à DGM en passant par Symphony X et ici, on navigue entre Yes, The Flower Kings et à certains moments l’AOR à la Toto (‘Lost In Translation’). Quel a été ton cheminement pour composer une telle partition ?

Vivien : Déjà je vieillis (Rires) ! Je ne vis pas ça comme un problème, ça a même plutôt du bon dans le cas présent, parce que plus je vieillis, plus je reviens aux sources : j’écoute à nouveau beaucoup de musique des années 1960, 1970, 1980 et plus particulièrement le prog des années 1970 qui est clairement mon truc. Ça a été une influence, une direction artistique volontaire au départ. J’ai en tête l’image du sismographe à savoir que je me mets à enregistrer, les choses sortent toutes seules, je ne sais pas vraiment de quelle manière ça sort, ça sort au kilomètre si bien que finalement, il y a plein de morceaux qui ne figurent pas sur l’album, je n’ai gardé que le meilleur…


Tu réserves le reste peut-être pour le prochain album…

Vivien : Peut-être, mais j’ai déjà écrit trois chansons pour le prochain album : je suis parti sur du neuf…


Je rêve que Frontiers me demande d’écrire un album dans le style de Toto


Et toujours dans cet esprit rock progressif influencé du rock prog des années 1970 ou d’un Toto des années 1980 ?

Vivien : C’est effectivement une grande influence aussi… Je rebondis sur cette question, en effet, je rêve que Frontiers me demande d’écrire un album dans le style de Toto. D’ailleurs, une des plus grandes influences de Jelly est Jeff Porcaro.

Jelly : Oui, c’est clairement une de mes plus grandes influences…


Je voulais bien garder ce côté moderne, heavy de cette mouvance actuelle [du progressif] tout en gardant des textures rétro


Comme tu l’as avoué, par le passé, tu faisais appel au love money pour financer tes albums. N’est-ce pas paradoxal que tu n’aies plus besoin d’eux au moment où tu passes du côté rock progressif de la force en délaissant le metal que tu te rapproches des sources de tes parents Noelle et Michel qui ont été membre du groupe de rock progressif intitulé Polène dans les années 1970 ?

Vivien : En fait, mon père a beaucoup changé avec le temps. Avec moi, il s’est mis à écouter des trucs beaucoup plus "électriques" dirons-nous comme Dream Theater : il n’était pas forcément fan des guitares trop "heavy" ou de la double grosse caisse… Mais il a pas mal évolué dans ce sens et c’est le son moderne qu’on a maintenant depuis pas mal années.
Et justement, je voulais garder ce côté moderne même si le metal progressif a pris un embranchement vraiment djent ces dernières années avec comme chef de file Haken qui a pas mal d’influences djent. Et pour ma part, je voulais bien garder ce côté moderne, heavy de cette mouvance actuelle tout en gardant des textures rétro qui passent peut-être par les claviers, Mellotron... qui ont un côté très atmosphérique, dramatique… comme les bons vieux disques de Genesis mais avec cette production moderne. Et c’est là que Jelly entre en scène : ce que j’attendais de lui était de donner un son moderne à tous ces claviers rétro que j’apportais.
Je ne voulais pas faire du son rétro prog ou un truc dans le genre à savoir tous ces groupes qui essaient d’avoir le son des années 1970 avec les mêmes amplis, les mêmes tables de mixage qu’à l’époque. On m’a fait écouter un album d’un groupe nordique et tu as l’impression d’écouter "Fragile" de Yes et j’en suis friand, j’aime beaucoup ça en tant qu’auditeur mais ce n’est pas mon truc en tant que compositeur.


Mais comment êtes-vous arrivés à ce que ce mélange soit si fluide, j’ai notamment en tête l’intro de ‘Reset to Preset’ et cette batterie très contemporaine justement alors qu’on navigue clairement dans des eaux rock progressif ?

Vivien : C’est plutôt Jelly qui va répondre sachant que -je lance juste le sujet- il y a une over abondance de samples dans cette scène. A savoir que quand tu écoutes un album de prog metal, on a l’impression que c’est une batterie électronique dessus et nous voulions garder un côté naturel. J’ai demandé à Jelly d’accomplir ce miracle de garder ce côté 1970 naturel mais avec un son moderne : c’est donc plus sa magie (Sourire) !

Jelly : Il n’y a aucune magie : j’ai fait ça très naturellement. J’ai réceptionné les pistes de tout le monde -Vivien a tout enregistré chez lui, Joop (NdStruck : Joop Wolters) a enregistré basse et guitare chez lui également- et j’ai enregistré mes batteries dessus et ça s’est fait extrêmement naturellement : je n’ai fait qu’intégrer les sons de claviers de Vivien qui sont ses sons, sa personnalité -il n’y a pas de compression…- je n’ai fait qu’intégrer les sons de Joop qui sont ses sons de guitares, de basses…
Et nous ne sommes pas de la même génération Joop, Vivien et moi : ils ont clairement cette influence Yes des années 1970 donc Joop n’a pas de son saturé sur sa guitare -c’est clairement un crunch- donc forcément on avait cette couleur. De mon côté, je n’ai pas du tout un son de batterie des années 1970 : je suis Dream Theater, Periphery, Haken, Toto moderne… donc forcément très naturellement, mon son de batterie sonne comme ça. Et c’est tout simplement cette alchimie, ce mélange de mon son de batterie avec les sons de Joop et de Vivien qui font ce son. Il n’y a vraiment pas de magie : ce sont tout simplement nos sons que j’ai tout simplement mélangé entre eux.
 



Vivien, toi qui es fan du "Tales of Mystery and Imagination" de Alan Parsons Project, est-ce que ton ambition future serait d’aller encore plus loin dans le côté pop et mélodique pour sortir le disque de pop progressive ultime ?

Vivien : Ecoute, ça me fait plaisir que tu me lances sur ce sujet parce que j’aime beaucoup la pop justement... Le fait est que je ne ferai jamais deux fois le même album : c’est le cas de beaucoup d’artistes qui n’aiment pas se répéter… Mais ça peut être dangereux ! Par exemple, je n’ai pas écouté le dernier Steven Wilson qui a fait couler beaucoup d’encre.


Personnellement, je n’écoute plus Steven Wilson mais je ferai une entorse avec le dernier Porcupine Tree…

Jelly : J’ai écouté ‘Harridan’ de Porcupine Tree, c’est monstrueux !

Vivien : Pour en revenir à la pop, celle que j’aime c’est Sting, The Police… tout ce type de musique et sous couvert d’une pop mainstream, c’est super technique, si bien qu’on pourrait le qualifier de prog.
Pour en revenir à ta question, ça me plairait beaucoup et d’ailleurs c’est marrant que tu mentionnes Alan Parsons qui travaille également avec Frontiers. Un rêve à accomplir serait d’avoir le sieur Alan Parsons sur un prochain album… : ça serait génial !


Au rayon des surprises, le titre ‘Standing At The Gates Of Hell’ ressort forcément. Il débute en mode metal prog puissant et vire au jazz-fusion/canterbury bien chargé en groove puis revient au thème metal initial. Comment t’est venu cette idée de morceau très originale et faire en sorte que tout cela reste finalement fluide ?

Vivien : L’histoire de ce morceau est assez rigolote. Je me suis couché très tard et ce morceau m’est venu pendant la nuit entre 23h et 5h du matin… C’était pendant le confinement, j’étais en train de pianoter avec un son de piano qui avait un effet de distorsion. J’ai fait ce motif et pour revenir à l’image dont je parlais tout à l’heure, le sismographe s’est mis en marche (Sourire)… : j’ai juste continué à expérimenter. Pour le coup, c’était un "défi" pour Jelly -même s’il n’y a pas de défi pour Jelly…

Jelly : Quand j’ai reçu le morceau, j’ai dit à Vivien : "Je crois que c’est trop !" (Rires)

Vivien : Je lui ai répondu que j’avais fait une connerie en écrivant un morceau où il y a trois partitions de batterie… Pour en revenir à Gavin Harrison, j’adore le live qu’ils ont fait avec trois batteurs avec King Crimson. Et au moment où j’ai eu cette idée, je me disais que ce serait génial d’entremêler trois parties de batterie différentes et finalement, c’est ce qu’a fait Jelly qui s’est prêté au jeu : c’était un morceau complétement expérimental où nous sommes partis en jam… et d’ailleurs, tu l’as fait en une prise…

Jelly : Oui !

Vivien : Chaque batterie a été enregistré en une prise…

Jelly : C’est du jam !

Vivien : Même chose pour Joop ! Et je pense que ce titre doit sonner très jam.


Le contexte dans lequel nous étions au moment où l’album était en train d’être écrit a clairement influencé l’écriture de cet album




Le disque a une tonalité globale très lumineuse, et nombre de compositions transmettent des mélodies fédératrices et des bonnes ondes, (le morceau d’ouverture ‘Reset To Preset’ ou ‘Paint the Sky’ sont par exemple dans cet esprit). Il se dégage aussi une positivité communicative très agréable qui a parfois à voir avec la douce nostalgie du passé (l’intro relaxante de ‘We Are Strong’, les saveurs 1980 de ‘Paint the Sky’ avec Steve Walsh particulièrement solaire). Est-ce un genre de sentiments qui t’a accompagné durant la composition ?

Vivien : Tout à fait ! Le contexte dans lequel nous étions au moment où l’album était en train d’être écrit a clairement influencé l’écriture de cet album. Quand j’écrivais, à 20 heures, tout le monde applaudissait aux fenêtres : il y avait un courant positif malgré le fait que nous étions tous enfermés. Le fait d’avoir écrit cet album dans cet environnement se ressent dans l’écriture.
Tous les morceaux n’ont pas été écrits pendant cette période -par exemple ‘Paint the Sky’ avait été écrit avant- mais la plupart l’a été dont ‘We Are Strong’, le morceau final qui dit qu’on s’en sortira, que l’Humanité arrivera à faire son introspection et surmonter ses démons : une fin positive !


Ton approche de claviériste est aussi plus intégrée à l’ensemble, moins dans le côté soliste/virtuose et plus dans la recherche de sonorités pour installer les ambiances et donner la couleur au morceau. Comment as-tu abordé ton rôle de musicien dans le disque ? Et comme on l’a évoqué en introduction, ton expérience de compositeur pour documentaire a changé ton approche ?

Vivien : Tout à fait ! Justement, je me positionne ainsi à savoir que je suis celui qui accouche de la musique, les claviers me permettent juste d’écrire cette musique parce que j’écris au clavier les parties des autres instruments… mais je ne me vois pas du tout et d’ailleurs je ne suis pas du tout un virtuose du clavier : je m’en sers juste pour commencer…


… et ainsi pour répondre à la question qu’on t’a trop souvent posée, c’est la raison pour laquelle tu invites Jordan Rudess…

Vivien : Voilà, des gens qui sont très bons dans ce qu’ils font. Et c’est pour ça que j’ai invité Vikram Shankar pour le piano parce que Damian Wilson voulait un interlude piano/chant… Je lui ai répondu que je n’étais pas très bon au piano et que je préférais qu’on invite quelqu’un qui sait bien jouer du piano, ça serait beaucoup plus beau. Et vu que j’écoutais à ce moment-là ce que faisait Vikram Shankar avec le chanteur d’Evergrey -Tom Englund- j’étais à fond dans Silent Skies, j’ai donc dit à Damian qu’il fallait contacter Vikram Shankar. Du coup, depuis, les deux sont devenus super copains : je fais également agence de rencontres (Rires) !
Je suis super content : même si c’est un album personnel, j’ai laissé l’écriture à Vikram et Damian : c’était leur petit espace. Ce qui est rigolo, c’est que Vikram connaissait mon album "Atomic Ark" et même si je n’avais interagi avec lui, le contact s’est passé de manière super naturelle.
Donc, oui, j’aime bien faire participer des personnes mais je ne me pose pas une liste de guests pour faire un album avec eux. C’est juste qu’à un moment, il y a un besoin qui se fait sentir pour une raison x ou y…


Mon objectif était de faire du Yes "metal" !




On remarque à plusieurs reprises l’emploi de courts passages qui évoquent très clairement des groupes connus comme par exemple les chœurs dès les premières secondes des deux premiers titres ‘Reset To Preset’, ‘Won't Rest Until The Heat Of The Earth Burns The Soles Of Our Feet Down To The Bone’ ou en fin de ‘We Are Strong’ qui rappellent Yes ou le passage pop au milieu de ‘Won't Rest Until The Heat Of The Earth Burns The Soles Of Our Feet Down To The Bone’ qui fait très Beatles. Est-ce conscient de ta part de faire référence à ces figures très connues qui vont forcément interpeler l’auditeur ?

Vivien : La référence Yes, oui clairement parce que mon objectif était de faire du Yes "metal" ! Et la partie Beatles est plus venue de Damian, à titre d’exemple, sur le morceau ‘Emotionalised’, Damian voulait vraiment faire un hommage à ‘Sun King’ des Beatles : il a toute une histoire par rapport à ce titre qu’il m’a raconté tard une nuit et c’était important pour lui de placer cet hommage.

Jelly : J’adore ce passage !


Le titre ‘Paint The Sky’ apparait deux fois, une première fois chantée par Steve Walsh et en dernier morceau sous forme instrumentale et joué par Simon Phillips à la batterie. Les deux versions fonctionnent si bien qu’on se demande quelle version tu as composé originellement ?

Vivien : Originalement, la version qui a été écrite est celle dans laquelle Jelly joue. J’ai enregistré la version avec Simon Phillips, il y a quelques années mais quand je me suis retrouvé à intégré le titre dans "Paint the Sky", comme nous abordions cet album sous l’angle d’un groupe -avec Jelly, Joop, Damian et moi-même- sur l’ensemble des morceaux, ce serait un peu bête d’avoir d’un seul coup Simon Phillips et plus Jelly.
Jelly m’a pris pour un fou quand je lui ai dit que je voulais qu’il rejoue un titre que Simon Phillips avait déjà enregistré (Rires) !

Jelly : J’avais très, très peur… La suite de l’histoire, c’est qu’on commençait à avoir un son, une cohérence sonore pendant les pré-prod… et le son de Simon n’est pas du tout le même que le mien. Je trouvais le morceau ‘Paint the Sky’ tellement dingue que je disais à Vivien qu’il était impossible de ne pas l’inclure dans l’album même si c’est vrai que c’était dommage d’avoir un son différent de celui de l’album.

Vivien : Finalement, on a tout misé sur ce morceau ! D’ailleurs, on pense tous les deux qu’au-delà du fait que c’est devenu le titre de l’album, je pense que c’est le titre emblématique, c’est limite le reste du disque est une excuse pour sortir ce titre (Rires) !

Jelly : Exactement ! Vivien me propose donc de réenregistrer le titre tout en gardant une version bonus avec Simon…

Vivien : Mais en fait, la partie batterie de Jelly est très proche de la version originale que j’ai écrite et jouée avec Simon.

Jelly : Bien sûr mais au départ, je ne voulais pas le faire, j’’étais vraiment pas chaud : j’avais très, très peur… J’étais dans l’optique de me dire que les gens allaient comparer mon jeu avec celui de Simon et ça me faisait peur. Mais en fait, on a un jeu très différent même si Simon est une très grande influence. Mais finalement ça marche super bien et aujourd’hui, je suis convaincu que les gens vont adorer ma version (Sourire) !


Pour t’accompagner dans cette aventure tu as encore réuni un line-up impressionnant dont Damian Wilson en chanteur principal. Est-ce le côté éclectique de Damian, capable de chanter metal comme plus soft rock, qui a guidé ton choix ?

Vivien : Tout à fait ! Pour le choix assumé et la direction artistique purement prog 1970 et même si ça peut paraître cliché, il me fallait vraiment un chanteur anglais. Il se trouve que Damian est un ami depuis les années 2000 mais nous n’avions jamais collaboré ensemble.
Je voulais faire un album prog metal : Damian a déjà chanté sur de grosses guitares on l’a vu avec Threshold. Mais c’est quand même le chanteur d’Adam Wakeman, le fils du clavier de Yes, d’ailleurs il a été chanteur sur une tournée en Amérique du Sud avec son père Rick Wakeman : donc Damian connaît déjà cet univers de rock progressif anglais, il est naturellement fait pour ça.
Damian est donc un choix complétement assumé : il est effectivement capable de chanter dans le registre de Ian Anderson et les parties heavy.


Tu arrives à faire sortir de lui un spectre très étendu, notamment dans ‘The Chosen Ones’ dans lequel il montre beaucoup de nuances, étant subtil et délicat sur les couplets et tenant les notes dans les refrains. Est-ce que tu as dû particulièrement le conduire pour obtenir ce que tu voulais ou est-ce que tu t’es laissé emmener par ses propres inspirations ?

Vivien : Non, c’est une machine ! Tu vois, ce groupe est comme un chantier : Jelly est un bulldozer et Damian Wilson est le rouleau compresseur (Rires) ! Faire un album est comme faire un projet de construction (Rires) !

Jelly : Mais finalement, tu ne l’as pas du tout drivé.

Vivien : Non pas du tout ! En revanche, on a énormément parlé lorsque nous étions en plein confinement. On a passé des nuits au téléphone mais plutôt au niveau conceptuel parce qu’il partageait beaucoup ses idées, les sujets qu’il voulait aborder dans les chansons… mais il n’a reçu aucune direction de ma part au niveau ligne de chant : il s’est fait plaisir !
Et effectivement, c’est vrai que j’aime bien ce qu’il a fait sur ‘The Chosen Ones’, ça m’a surpris : ça fait très hymne, il y a un côté très entraînant…


Tu parles d’hymne, j’imagine que vous êtes impatients de le jouer sur scène ?

Vivien : Tout à fait !


Je vois que tu souris, Jelly, il faudra faire un choix entre Disconnected, Klone…

Vivien : Je ne peux pas m’engager sur tout : je serai obligé de faire des choix (Sourire) !


Je ne suis pas vraiment fan de mes albums mais je me suis vraiment fait plaisir avec ce retour aux sources




Et finalement quelles sont vos attentes pour cet album ?

Vivien : Pour cet album ? En fait, je vois cet album comme un reboot parce que musicalement, il est très, très loin de ce que je faisais avant et comme je suis très critique vis-à-vis de ce que je fais, je n’aime pas trop écouter "Atomic Ark"...

Jelly : … que j’adore !

Vivien : … C’est bizarre parce que c’est moi qui fais la musique mais je ne suis pas vraiment fan de mes albums ! Mais je me suis vraiment fait plaisir avec ce retour aux sources qui correspond à mes aspirations actuelles en tant que fan de musique. Du coup, je prends plus de plaisir à écouter cet album et j’espère que ce plaisir sera partagé parce qu’honnêtement, on a vraiment fait cet album avec amour : on s’est bien marrés à faire cet album !


Tu parles de partage mais pour en revenir à la question précédente, dans le cas de la majorité des groupes, le plaisir de partager se fait sur la scène… est-ce quelque chose que tu envisages également pour ce retour ou au contraire, comme Arjen Lucassen d’Ayreon ou Star One, ce n’est pas un plaisir et tu n’envisages pas spécialement de tourner ?

Vivien : On adore la scène ! Personnellement, j’ai beaucoup de plaisir et même si je ne suis pas un grand fan de "Atomic Ark", j’ai pris à le jouer live. Et j’aimerais retrouver la même chose avec cette nouvelle version du projet mais je ne pense pas que ce sera avec "Paint the Sky" vu que c’est…

Jelly : (Rires) !

Vivien : … on verra (Rires) ! Non, je pense que la tournée arrivera plutôt avec le prochain album…


Mais concrètement, ça remet une tournée en quelle année ?

Vivien : Pfft, je ne sais pas, je ne pense pas avant 2023…


Ça veut dire que tu sors un nouvel album dès 2022 ?

Jelly : Oui !

Vivien : On va essayer entre fin 2022 et début 2023…

Jelly : Grand maximum !

Vivien : J’ai déjà écrit trois morceaux et on va mettre le paquet pour que ce soit prêt et qu’on puisse le jouer live en 2023. Vu que c’est un reboot, il y a toute une nouvelle audience à toucher…


Donc un futur nouvel album dans la même veine que "Paint the Sky" ?

Vivien : Ah oui et même encore plus loin dans les Yes…

Jelly : On va aller plus loin !


On a commencé par la question qu’on vous a trop souvent posée au contraire quelle est celle que vous souhaiteriez que je vous pose ou à laquelle vous rêveriez de répondre ?

Vivien : Je ne sais pas ! Ah si, quel est le prochain film que j’attends de voir au cinéma ?


Et ?

Vivien : J’attends la sortie du nouveau Matrix !

Jelly : Oh, moi aussi : je n’en peux plus d’attendre même si on va être déçus mais bon…

Vivien : … comme toutes les grandes sagas…


Le fait de changer le décor ne changera pas fondamentalement nos problèmes




Et on boucle parfaitement la boucle dans le sens où les Wachowski font un reboot en même temps que tu en fais un avec Lalu… Tu vas bientôt nous dire que c’est toi qui as fait la musique du film ?


Vivien : (Rires) Non, non pas du tout mais j’ai beaucoup aimé le trailer parce que justement, ils ont pris un vieux morceau et progressivement, ça se transforme en musique épique : j’adore ! Mais c’est vrai, il y a un parallèle énorme avec l’album "Paint the Sky" avec le côté Alice aux Pays des Merveilles : l’Humanité qui cherche à avoir un monde meilleur. Et c’est au cœur de l’actualité avec le metaverse de Facebook, le monde virtuel promis meilleur que notre monde réel… C’est complétement le concept de "Paint the Sky" et le collage qu’a fait Travis Smith pour la couverture, c’est exactement ça : tu as le monde réel derrière avec des étoiles, un espace assez froid, etc., et en collage, par-dessus, le monde virtuel avec Alice -enfin un être humain- qui peint un ciel merveilleux…
L’idée est que le fait de changer le décor ne changera pas fondamentalement nos problèmes. On aura beau trouver la Terre numéro 2, on aura beau se fabriquer le metalverse en monde virtuel magnifique… tant qu’on n’aura pas fait notre introspection en tant qu’être humain, en tant qu’espèce…


… Il fallait bien une réflexion philosophique pour terminer de la plus belle des façons cette belle interview…

Vivien : Et ça se termine bien, sur une note positive : ‘We Are Strong’ qui conclut l’album !


Merci et ce fut un vrai plaisir de vous rencontrer et notamment toi, Vivien, douze ans plus tard…

Jelly : Merci à toi !

Vivien : Tout le plaisir était pour moi ! J’étais super content de voir que tu faisais partie des médias présents pour cette journée promotionnelle…


Et merci à Nuno777 pour sa contribution...


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/laluprog
 
(0) COMMENTAIRE(S)  
 
 
Haut de page
 
Main Image
Item 1 of 0
 
  • 20825
  • 20826
  • 20827
  • 20828
  • 20829
  • 20831
  • 20832
  • 20833
  • 20834
Haut de page
EN RELATION AVEC LALU
DERNIERE CHRONIQUE
LALU: Paint The Sky (2022)
5/5

Excellente surprise que ce "Paint The Sky" dans un registre rock progressif à la fois moderne et héritier des époques marquantes du genre.
DERNIERE ACTUALITE
LALU MET DE LA COULEUR SUR MUSIC WAVES!
 
AUTRES ARTICLES
WILDERUN (23 DECEMBRE 2021)
Les nouveaux cadors du death progressif reviennent sur Music Waves pour parler de leur quatrième album, "Epigone" !
GOUTS DE LUXE (13 OCTOBRE 2021)
Rencontre avec l'un des membres fondateurs du tube "Les Yeux de Laura". Une exclusivité Music Waves.
 

F.A.Q. / Vous avez trouvé un bug / Conditions d'utilisation
Music Waves (Media) - Media sur le Rock (progressif, alternatif,...), Hard Rock (AOR, mélodique,...) & le Metal (heavy, progressif, mélodique, extrême,...)
Chroniques, actualités, interviews, conseils, promotion, calendrier des sorties
© Music Waves | 2003 - 2022