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TITRE:

22 FOR SILICON ALONE (26 OCTOBRE 2021)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK INDÉ



Music Waves rencontre Alexis Pfrimmer pour nous parler de 22 For Silicon Alone et son denier clip 'Only Dark Matters' très inspiré du cinéma et notamment David Lynch.
CALGEPO - 08.11.2021 -
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22 For Silicon Alone est un projet artistiquement ambitieux porté par Alexis Pfrimmer qui propose un clip très cinématographique pour illustre son titre 'Only Dark Matters'. Music Waves part à la rencontre d'Alexis qui nous en dit plus sur son projet.

Bonjour Alexis, ton actualité est notamment ce clip de ‘Only Dark Matters’ qui est quasi une sorte de court métrage, pensé et scénarisé. Le septième art (David Lynch, Cronenberg, Kubrick…) semble exercer une influence sur ton œuvre : est-ce le cas ?

Salut Music Waves, oui complètement. Cet album a été composé en suivant une forme de narration. Je suis passé par une école d'audiovisuel et c'est par le montage que j'ai fait mes premiers pas dans la composition. Je connais peu Cronenberg, par contre Lynch, j'ai saigné sa filmographie. Le fait qu'il ait signé la bande-son de son premier film "Eraserhead" a véritablement eu un impact sur moi. J'ai découvert ce film par hasard un soir d'Halloween en attendant que des amis passent me prendre. Autant dire que j'étais chargé à bloc pour entrer dans cette nuit d'épouvante, et j'ai eu du mal à trouver le sommeil pendant plusieurs jours après. Des géants Kubrick, Tarkovski, Maya Deren, Welles, Paolo Sorrentino, Fellini, Jodorowsky, Godard, Varda, Herzog, Lars von Trier, Gaspard Noé, Quentin Dupieux et il y en a tellement, tous m'influencent, chacun avec sa propre musicalité, son rapport personnel à la musique. Plus j'approfondis cet art et plus je découvre des merveilles d'adéquation. Mon travail c'est d'être constamment à la recherche de cette adéquation images/sons.




Je pense qu'au delà de l'idée d'individualisme au fond c'est la question de notre identité qui m'a attiré.



Dans le clip on voit un homme qui débarque sur une terre inconnue avec des êtres sans visage et nus. Peut-on y voir une analogie avec la société actuelle où règne l’individualisme qui nous rend sans visage et donc inconnu ?

C'est une interprétation possible, je n'y avais pas pensé en ces termes-là à vrai dire, en tout cas pas si consciemment. J'aimais l'idée d'un être sans visage. J'ai l'impression que plus on efface le visage et plus l'image qu'il renvoie est profonde et insondable. Comme si on pouvait y voir le vrai visage de nos peurs, ce qui nous procure un sentiment effroyable, un shoot d'adrénaline qui affirme que nous sommes en vie. Je pense qu'au-delà de l'idée d'individualisme, au fond c'est la question de notre identité qui m'a attiré. Dès qu'on cherche à la définir, elle s'échappe, je crois que j'ai cherché à montrer quelque chose d’insaisissable et libre aux interprétations. Pour revenir au cinéma notamment, il y a cette séquence saisissante dans "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" de Michel Gondry où, dans son rêve, Jim Carrey retourne à la clinique et s'adresse à un docteur qui soudainement n'a plus de visage. C'est tellement surprenant.





Le clip véhicule aussi un sentiment de ce qu’on a vécu pendant ces derniers mois avec la pandémie et justement cette peur de l’inconnue (virus, vaccin…) est-ce que tu peux comprendre qu’on puisse avoir ce sentiment ?


Oui complètement, il est vrai que ce clip est sorti durant cette période. Cependant le cycle 'Only Dark Matters' avait déjà été entamé bien avant la pandémie. Je dirais que mon travail consiste précisément à mettre en lumière mes peurs et mes obsessions, et la peur de l'inconnu est un sujet qui m'est cher : se dépasser en allant vers l'autre, sortir de sa zone de confort, etc. En tout cas, rien ne me fait plus plaisir que de savoir que j'ai réussi à susciter une émotion : cela veut dire que j'ai touché quelque chose, après, quoi ?... je ne sais pas !


J'aime cette idée d'éternel recommencement, on renaît toujours d'une manière ou d'une autre, savoir renaître c'est précisément ce qui nous libère et nous fait grandir et évoluer.



De cette inconnue, blessée, morte, décomposée semble renaître la nature, est-ce aussi ta volonté de dire que de l’inconnu, de cette mise à nu peut aussi découler une source d’espoir et de renaissance et qu’il ne faut pas en avoir peur et s’en protéger ?


Je suis content que tu aies vu tout ça, c'était clairement mon intention. J'aime cette idée d'éternel recommencement, on renaît toujours d'une manière ou d'une autre, savoir renaître c'est précisément ce qui nous libère et nous fait grandir et évoluer. Un égo blessé, orgueilleux, c'est un 'je' qui s'attache à une image idéale et qui se bat pour la conserver, or changer signifie forcément laisser mourir une partie de soi, donc oui paradoxalement la mort est un symbole d'espoir. Mourir c'est aussi revenir à la terre, c'est important de se rappeler que nous sommes fragiles et mortels et que nous avons besoin de nous mettre à nu pour exister ensemble, d'ailleurs le terme humilité est très intéressant car il partage la même racine que l'humus et que l'humanité. Ça me vient comme ça, mais l'écologie c'est avant tout un état d'esprit, peut-être que si on appelait ça l'égologie, on se sentir plus concernés.


Comment a été réalisé ce clip et qui a eu l’idée de ce scénario ?


Ça ne s'est pas fait en un jour, j'ai d'abord découvert les masques de Pierre-Louis Graizon, j'ai été saisi par son univers, ça faisait écho à tellement de choses en moi, à Slipknot notamment. En passant, ce groupe a complètement bouleversé mon rapport à la musique, quand j'ai mis la main sur une copie de leur premier album, j'en ai fait des cauchemars et pourtant j'ai continué à être attiré par ce disque, j'étais complètement fasciné. Avec Pierre-Louis ça été la même chose, ses masques m'ont fait un tel effet que je lui ai demandé si je pouvais en utiliser un pour la pochette et les photos presse. Il a accepté avec tellement de simplicité que ça m'a donné une énergie incroyable pour développer tout le visuel de cet album autour de ça, je ne le remercierai jamais assez. Plus tard il fallait faire un clip, je n'y avais pas réfléchi plus que ça et souvent les choses me viennent juste avant de m'endormir. Un soir, j'ai fait le lien entre la pochette de "Flagrants Délices" et celle qu'on venait de réaliser pour l'album. Et le scénario est sorti tout seul.





Ta musique guide aussi le spectateur et l’auditeur dans cette fresque post-apocalyptique avec ses angoisses, mais aussi cette forme de désespoir cathartique qui permet peut-être de remonter la pente, la musique est une façon pour toi d’exprimer tes angoisses que tu n’aurais pas pu partager autrement et pour être artiste, faut-il être forcément un écorché et ultra-sensible ?


Bonne question,...je me considère comme un créateur plutôt qu'un artiste, ce terme me semble plus actif. Qui n'est pas écorché ou ultra-sensible ? Je ne sais plus qui disait ça ni même comment c'était formulé mais il disait à peu près ceci : il faut être délicat avec chacun car derrière chaque être humain il y a un être blessé. Je crois que créer c'est simplement rendre cette blessure visible et c'est dans le partage que l'on se guérit les uns les autres. Il se trouve que donner vie à de la musique ou à des visuels c'est ma manière de partager. Pour revenir aux prémices de ta question, je nourris mon travail principalement de ce que j'ai du mal à digérer autrement, mon travail c'est un peu mon journal intime.


Tu expérimentes également beaucoup à une époque où l’industrie musicale cède à la facilité et à l’immédiateté et au non-attachement. Est-ce que 22 For Silicon Alone n’est pas né trop tard dans ces années 2000 plutôt que dans les années 70 voire 80 où tout était encore à expérimenter et rencontrait un public plus réceptif ?

Je ne crois pas, et je nuancerai simplement en disant que peut-être une partie de l'industrie musicale cède à la facilité comme tu le dis, mais ce n'est certainement pas son entièreté, et d'ailleurs en disant cela je me dis que je suis prêt à parier que n'importe quel producteur expérimente tous les jours. La différence réside certainement dans le fait que certains effacent leur échafaudage au profit d'un rendu plus 'lisse'. Après, ce sont des généralités. Pour ma part, je n'avais aucun désir de faire cela, j'aime qu'on voie les coups de crayons, en tout cas pour cet album, c'est ce qui m'a semblé être le plus en accord avec les thématiques soulevées. Aussi, j'ajouterai que tous les jours, je suis témoin de la naissance de nouveaux groupes ou projets musicaux qui continuent d'expérimenter et heureusement, sinon c'est la mort. Et sans renaissance cette fois.


L'élitisme n'est pas intéressant mais par contre on doit continuer de s’élever, de s'éduquer et d'évoluer, c'est normal d'avoir besoin de se détendre parfois, comme c'est tout aussi sain d'avoir besoin de relever des défis.


Est-ce que tu te sens comme un résistant face à une industrie musicale de plus en plus consumériste qui ne prend plus de risques, et de plus en plus d’auditeurs qui considèrent la musique comme un objet de consommation et non plus comme un art ?

Résistant peut-être, je pense que c'est aussi une question de rester éveillé. Je suis convaincu que l'art est fait pour être consommé, il en faut pour tous les goûts et c'est comme tout, si on est conscient de ce que l'on consomme et qu'on ne le subit pas, on grandit. Je fais cette musique avec ce qui me semble être le plus en accord avec ma sensibilité et mes goûts du moment. Aussi, je consomme comme tout le monde: de la culture, de la contre-culture, pour moi l'élitisme n'est pas intéressant mais par contre on doit continuer de s’élever, de s'éduquer et d'évoluer, c'est normal d'avoir besoin de se détendre parfois, comme c'est tout aussi sain d'avoir besoin de relever des défis.


La musique est hybride entre jazz, metal, rock… c’est une manière pour toi non seulement de te faire plaisir mais aussi d’affirmer ta liberté ?


Il s'agissait avant tout d'écrire la définition du titre 'Only Dark Matters' et mon approche cinématographique de la musique m'a mené à penser cet album comme un réalisateur plus que comme un compositeur. Un film te fait passer par tout un tas d'émotions et je souhaitais que mon personnage soit balayé par une tempête musicale, au final le style avait peu d'importance c'était plutôt en termes d'énergie que je raisonnais. Du coup, oui forcément, je me suis senti libre de ce côté-là mais je me suis mis d'autres contraintes pour ne pas me perdre non plus, notamment en limitant le nombre d'instruments pour correspondre à une formation rock.





A l’inverse ne crains tu pas de t’enfermer dans une conceptualisation qui risque de te fermer quelques portes ?

Le but était de faire un concept-album, je reste persuadé que ce projet ouvrira les portes qu'il doit ouvrir.



Le titre est délicat à appréhender justement avec cette fusion des genres et ces imperfections, c’est important pour toi de mettre en avant cette imperfection pour rendre ton œuvre plus humaine ?


En effet, c'est un peu comme lorsque la photographie a balayé la peinture réaliste, les avancées technologiques n'ont de cesse de dépasser leurs propres limites et de rendre tout de plus en plus net et défini. Il m'a semblé naturel de saisir la matière noire avec des aquarelles plutôt qu'avec un télescope car je voulais que mon personnage reste un peu flou.


Comment as-tu vécu ou appréhendé cette période de presque deux ans de solitude, d’isolement, de peur... et est-ce que ça a remis en cause tes certitudes ou ton projet ?


Avec le recul, c'était très enrichissant car tout à coup j'étais confronté à des questions que d'habitude j'aurais enterrées. C'était une retraite forcée qui a eu un impact positif sur mon projet. Du moins je me suis arrangé pour que celui-ci continue d'évoluer. J'ai passé quelques mois à tâtonner puis j'ai fini par adapter ma stratégie à la réalité.  Aujourd'hui, je suis heureux que des solutions aient été trouvées par les gouvernements, j'avoue que je ne sais pas comment j'aurais survécu si cela avait dû continuer encore un an. C'est certainement mon projet qui m'a aidé à tenir le cap. Au niveau de mes certitudes, ça a clairement été un pulvérisateur de croyances.


Comment envisages-tu la suite pour 22 for Silicon Alone ?


Vendredi nous avons joué à la Mazane à Paris, pour la première fois depuis un an et demi. Les retours étaient très enthousiastes et le public de tout âge a été conquis, c'était vraiment super de pouvoir remonter sur les planches après tout ce temps. Le label prévoit encore deux concerts pour la sortie et nous cherchons activement un booker pour défendre l'album sur scène à la saison prochaine. Je suis très heureux et reconnaissant d'être aujourd'hui entouré d'une équipe extraordinaire et on a hâte de remonter sur scène. En septembre, nous avons filmé un live au Magasin4 à Bruxelles, et nous en diffuserons des extraits durant les mois qui arrivent, un premier est déjà sorti. Et en janvier on vous réserve une surprise...


Un dernier mot pour les lecteurs de Music Waves ?

J'espère que vous passerez un bon moment en découvrant 'Only Dark Matters'. Mon conseil : dès que vous aurez un moment, installez-vous confortablement avec un bon casque sur les oreilles et plongez ! Et si vous avez apprécié, n'hésitez pas à vous abonner, à nous suivre sur les réseaux, et foncez acheter l'album sur notre site !! Merci pour votre soutien !! Et j'espère vous croiser lors des prochains concerts...



Plus d'informations sur https://www.22forsiliconalone.com/
 
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"Only Dark Matters" de 22 For Silicon Alone est un album qui s'affranchit des codes musicaux, un hybride entre metal, rock, classique et électro au fort tempérament cinématographique pouvant illustrer un film de David Lynch.
 
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