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Présentation |
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A l'heure où le Hellfest version 2012 arrive à grand galop et traine avec lui son lot de polémiques (notamment l’AGRIF qui a mandaté ses avocats pour demander son interdiction), il nous semblait bon de poster notre dernière partie de ce dossier ! |
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Les polémiques autour du Hellfest, du metal et du satanisme (6e partie et dernière partie) |
Pour relire la 4e partie
Démago pour démago, le gouvernement a-t-il planché sur les dérives de la religion ? Car le satanisme, s’il est présenté comme responsable de quelques dérives est loin d’avoir fait autant de massacres perpétrés au nom des sacro-saint Croisades… Nicolas Walzer : Je reprendrai juste ce qu’Ihsahn, chanteur d’Emperor, me déclarait lorsque je l’ai rencontré pendant deux heures pour mon travail : "C’est rarement les satanistes qui posent des bombes, brûlent des mosquées et déclenchent des guerres !". Tous comme les métalleux sont des marginaux culturels à ne pas confondre avec les marginaux sociaux (délinquants), les satanistes sont des marginaux religieux à ne pas confondre avec les clichés médiatiques autour de l’Exorciste et de la multiplication exponentielle des films à imaginaire satanique aujourd’hui.
Ce dernier point est assez ahurissant : Antichrist, L’avocat du diable, Blade, Blood, Entretien avec un Vampire, Dark Devil, L’exorciste, HellBoy… même le secteur de l’alimentation s’y met avec le Demoniak Bacon, la Bière Mort Subite….. Tous les formats culturels (la mode avec J.P. Gaultier aussi) puisent à un moment ou un autre dans la symbolique satanique et, à ma connaissance, je crois que mon dernier livre "Satan profane" est l’un des premiers à réfléchir sur ce procédé très occidental.
Les chrétiens dont je parlais vont y voir la diabolisation totale de notre société. Pour ma part, il me semble, tout à l’inverse, que c’est le signe d’une profusion de sacralités à l’œuvre aujourd’hui (mais attention à ne pas confondre sacré et religion, spiritualités et institutions !). C’est étrange et en même temps passionnant à analyser mais j’ai le sentiment que la différence entre Dieu et Satan tend à s’estomper de plus en plus. La véritable altérité aujourd’hui s’amorce avec la montée d’une certaine intolérance ultra-athée, très militante et ultra-scientiste visible par le grand succès des livres qui condamnent toutes les religions et spiritualités en bloc.
Or, il ne faut pas oublier que l’athéisme est lui-même une croyance comme une autre (puisqu’en la matière on restera toujours dans le domaine de la croyance et non du savoir). Et on sait à quoi mène tout type d’intolérance en matière religieuse…
D’autre part, anthropologiquement, il n’a jamais existé dans l’histoire de l’humanité de sociétés sans pratiques spirituelles. Le fait religieux (et là encore j’en reste simplement au stade du constat, on peut en penser ce que l’on veut) est intrinsèquement lié au processus d’hominisation. Ceci dit, libre à chacun d’envisager le passage à un autre type d’homme (au post-humain par exemple comme disent certains chercheurs - puisque l’on sait que l’homo sapiens sapiens est continuellement en développement – certains anthropologues prédisent pour le prochain millénaire un homme en moyenne plus grand et avec une surface crânienne plus étendue).
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Dans le même ordre d’idée, quels arguments avanceriez-vous pour disculper la culture metal des profanations et/ ou meurtres notamment dans des universités aux Etats-Unis par des jeunes qui auraient écouté du Marylin Manson ? Nicolas Walzer : Il ne s’agit pas d’ignorer les quelques rares cas pathologiques mais il y a là un point fondamental à comprendre si on veut être honnête avec le terrain. En effet, quelques jeunes peuvent se perdre dans le metal extrême ou certaines symboliques poussées du black metal, s’ils souffrent déjà, avant leur découverte de cet univers, d’un environnement familial problématique, de troubles du comportement ou de l’emprise d’un "grand frère" charismatique. Ces cas de figure exceptionnels reliés à des profanations de sépultures en France résultent de la délinquance, d’une marginalité sociale et non de la marginalité culturelle metal/gothic ou religieuse sataniste. On constate en effet que ce ne sont pas les satanistes qui profanent les tombes mais avant tout les jeunes déstructurés dont je parlais plus haut.
Mais on oublie aussi le marché fructueux autour des symboles religieux volés dans les cimetières ! Ces voleurs taguent semble t-il les tombes pour faire croire qu’il s’agit de profanations juvéniles. On peut alors tout à fait comprendre l’écoeurement de nombreux chrétiens devant la multiplication de ces délits actuellement en France (dont les médias parlent très peu). Mais encore une fois, il faut bien comprendre la vraie nature "marchande" de ces actes.
Une preuve de ce que j'avance dans le fait suivant : il y a un ou deux ans, un adulte aucunement lié au metal ou au satanisme a été découvert mort à la suite d'une crise cardiaque alors qu'il pillait un cimetière.
Donc, vous rassurez la mère de mes enfants, tu lui garantis qu’ils peuvent écouter du metal mais pour autant ils n’auront pas des pulsions assassines, ne profaneront pas de tombes voire ne sacrifieront pas de poulet avec les dents (sauf s’il participe à Koh Lanta et qu’il a très faim) ? Nicolas Walzer : Je ne rassure personne ! Car cela induirait d’être parti avec une idée en tête, une thèse à défendre avant d’aller sur le terrain. Non, le propos d’un sociologue est neutre ; il met simplement en relief les données ethnographiques grâce à une série d’outils épistémologiques. Autrement dit, les travaux de ceux qui l’ont précédé l’aident pour analyser un cas particulier. S’il s’avérait que les métalleux posaient des bombes (!), ma déontologie stipulerait de le révéler.
C’est bien pour cela que je parle des cas pathologiques qui se comptent sur les doigts d’une main en France alors qu’ils sont un peu plus inquiétants en Italie ou aux Etats-Unis notamment.
Après cela et pour élargir ta question, évidemment qu’on a tous des sentiments et des propensions à telle ou telle idée au départ. Ce qu’on apprend à l’université ne revient pas à se "remplir la tête" (ce que croit beaucoup de gens). C’est avant tout une méthode pour savoir gérer, réfléchir sur la ligne entre objectivité (qui n’est pas un sésame indépendant, il n’existe pas une Objectivité idéale au sens de Platon) et subjectivité. Comment gérer sa présence sur un terrain de recherche et le fait qu’elle va nécessairement induire des comportements un peu différents. L’observateur influence l’observé comme l’observé influence l’observateur, c’est ce qu’on appelle le transfert et le contre-transfert…
Selon vous, quel pourrait être le but de cette interview ? Nicolas Walzer : Si elle pouvait faciliter les conditions d’un débat sain et respectueux entre métalleux et anti-subventions Hellfest, mes livres prendraient alors toute leur utilité. Car je suis persuadé que sans cela, on n’arrivera qu’à des positions radicalisées de chaque côté.
Mais le problème est qu’on a là fondamentalement des points radicaux de désaccord qui outrepassent largement la question du metal. Car certains anti-subventions Hellfest (tu remarqueras que je ne dis pas anti-Hellfest et que je fais la nuance en tout cas pour les partisans de Gonzague de Chantérac des Jeunes CNI), sont anti-IVG et anti-homosexuel (à ne pas oublier : il s’agit de chrétiens très particuliers et ultra minoritaires en France). Ce sont des points de désaccord qui comptent dans un débat…. Et qui inclinent toujours un petit peu au manque d’honnêteté d’un côté comme de l’autre.
Car il ne faut pas oublier que critiquer quelqu’un incombe de respecter ses arguments. On ne critique bien quelqu’un que si on le laisse s’exprimer dans sa différence et avec ses arguments propres. Il faut toujours rappeler l’adage démocratique de Voltaire : Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. Car amalgamer ou nier l’autre est contre-productif. Comme le disait Corneille : A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
Ou comment finir sur Voltaire et Corneille dans une interview sur le metal (Rires)…encore une preuve des débats de fond qu’induisent le metal et toutes les minorités culturelles. Pourquoi ? Parce que les minorités d’aujourd’hui créent les conditions de possibilité des majorités de demain.
Merci pour cette interview.
Robert Culat : Merci pour tes questions.
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Pour ceux qui voudraient éventuellement être informés de l’actualité du travail et du dernier livre de - Nicolas Walzer : ANTHROPOLOGIE DU METAL EXTREME, Camion blanc ou DU PAGANISME A NIETZSCHE. Se construire dans le metal, Camion Blanc, voici où le retrouver : myspace ou Facebook - Robert Culat, L’âge du metal, Camion Blanc, voici où le retrouver myspace |
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