MW > Accueil > Articles > Interview Philippe Manoeuvre (03 Avril 2012)
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Univers : General
Type d'article : Interview

Rédacteur : Struck
Paru le : 19.04.2012

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    Présentation
    Initialement prévue dans les locaux de Ouï Fm dans le cadre de sa nouvelle émission, "La Discothèque Rock idéale", Philippe Manoeuvre nous a finalement reçu dans les bureaux de Rock&Folk pour une interview croustillante...
    Interview Philippe Manoeuvre (03 Avril 2012)
    Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée ?
    Philippe Manœuvre : Oh, on me demande souvent quel est mon disque préféré, je trouve ça un peu réducteur (Rires) parce que j’ai écrit des livres où j’en signale des dizaines. On est dans une société où on veut toujours tout réduire, résumer.
    Voilà, c’est un peu ça les questions gênantes, ce sont des questions réductrices. Quand on consacre sa vie à l’Egypte, on ne vous dit pas quel est votre pharaon préféré ! Mais vous êtes fou, mon Dieu, il y en a des dynasties (Rires) ! C’est pareil avec le rock !

    Ton actu est ta nouvelle émission sur Oui Fm, "La Discothèque Rock idéale" tous les dimanches. Que penses-tu apporter de plus qu’un Gilles Verlant qui t’a devancé dans ces mêmes locaux ?
    Ah ce n’était pas la même ! Ce n’était pas pareil, je ne sais pas. J’écoutais peu Gilles parce qu’on se connaît bien. Je ne peux pas apporter plus, j’apporte moi-même, j’apporte surtout ma discothèque. C’est à dire qu’en fait, je suis critique rock depuis 1975, à partir de 1976, j’ai reçu tous les disques rock qui sortaient, les 45 tours y compris. Et j’ai gardé une énorme collection de 45 tours, j’en ai 8.000 qui étaient chez ma mère, dans des caisses. Et quand on m’a parlé de faire cette émission, j’ai foncé chez ma mère, j’ai ramené une camionnette de 45 tours parce que je pense que c’est là qu’il y a les mix les plus intéressants, ce n’est pas quand on passe les Cds ou des albums.
    Je pense qu’à chaque fois qu’un groupe faisait un 45 tours, c’est là où il concentrait tout son savoir-faire, il mixait pour que ça soit plus "pétant" : dimanche, on a écouté Steve Miller Band faisant "Living in the USA". Et bien, c’est absolument incroyable, si vous comparez la version single et la version de l’album : on dirait la même en relief et en couleur. Alors bon, voilà, ce que je peux ramener : c’est mon énorme collection de disques et la passer aux gens !



    Tu parlais de société réductrice mais à l’inverse, n’est-ce pas réducteur que de passer uniquement des 45 tours d’artistes ?
    Ah non ! J’ai passé pas mal de Face B, donc ce n’est pas réducteur de passer les Faces B de Queen, d’Alex Chilton… on a passé des trucs incroyables en 4 émissions déjà !
    Le 45 tours c’était la munition de la radio rock ! C’est là où ça se passait, c’est là où il y avait les mix, c’est là où il y avait une joie de vivre, une énergie : c’est beaucoup plus "pétant" ! En plus, ce sont des vinyles et c’est là qu’il y a un truc incroyable : tout à fait informellement, vous n’avez qu’à écouter Ouï Fm le dimanche après-midi, vous entendrez quand arrive l’émission, on dirait que votre chaîne stéréo vient d’être boostée avec le vinyle ! Il y a un truc en plus : il y a une profondeur de chant, il y a un relief, il y a une image 3D presque ! C’est vraiment incroyable !
    Certains disques ont été enregistrés dans les années 1960 et c’était la façon d’écouter le rock à ce moment-là ! On va bientôt passer un 78 tours de Robert Johnson qui a été mis aux enchères sur Internet cette semaine avec un début d’enchère à 5.000 dollars. Voilà, on va faire des cadeaux comme ça à nos auditeurs, on va réécouter vraiment du rock et du blues en vinyle !

    Tu en as pour combien de temps de programmation ?
    Ah tu veux savoir ça pour prévenir Gilles Verlant pour son retour (Rires) ! Ecoute, j’ai le temps, je crois que je peux tenir un an ou deux (Sourire) !

    Tu es conscient d’être un des derniers dinosaures de la programmation rock ?
    Ecoute, c’est fou d’être en 2012 et de se dire que je suis le dernier Dj qui passe ce qu’il veut, qui met des morceaux de 16 minutes. Je suis super respectueux de Ouï Fm pour nous autoriser ça, c’est un peu comme Rock&Folk, on a un cadre de liberté rock total : Ok, on est dans une niche mais elle est bien tenue (Rires) !

    Comment expliques-tu qu’on te laisse cette liberté à toi personnellement ?
    Ah non mais je soumets une liste toutes les semaines. J’envoie ma liste à la direction de Ouï Fm en disant ce que je vais passer. Pour l’instant, ils la lisent et me disent : "Bravo, c’est bien ! C’est ce que l’on veut !".
    Et là, hier, j’ai envoyé ma liste pour dimanche, donc je peux vous dire qu’il y aura beaucoup de Kurt Cobain, de Nirvana… il y aura un 45 tours de Kurt Cobain et William Burroughs ensemble, un truc tiré à 5.000 exemplaire, un truc totalement collector : c’est une nouvelle de Burroughs, lue par Burroughs avec Kurt Cobain qui joue de la guitare en free-style derrière. Ca s’appelle "The Priest" mais personne n’a ça, ce n’est dans aucun coffret de Nirvana… donc voilà, c’est typiquement ce que je peux vous amener !
    On va également faire une émission un peu grunge dans le cadre du triste anniversaire du suicide de Kurt Cobain : on va passer Hole, Alice in Chains, Jane’s Addiction… toute cette fabuleuse épopée !

    Et quel but poursuis-tu en tant que programmateur, éduquer l’auditeur ?
    Non ! Je crois que le rock a 57 ans, il a mon âge et on a bien mérité de s’asseoir dans notre fauteuil et d’écouter la radio 2 heures toutes les semaines en écoutant des trucs cools, voilà ! Alors après, si ça renvoie quelqu’un à sa discothèque en se disant : "Mince, je n’avais pas écouté "Cactus", de ces vieux dinosaures depuis 10.000 ans ! Je vais le réécouter !", mon boulot est fait !
    Si un gamin écoute et qu’il entend Bauhaus et se dit : "C’est ça la musique que je cherchais !", mon boulot est fait !
    Je suis là pour tout le monde mais c’est juste le côté, on écoute des vinyles comme si vous passiez chez moi le dimanche à 18h, vous me trouveriez avec mes vinyles et on écouterait de disques pendant deux heures (Rires) !

    Biff Byford, de Saxon, me confiait qu'il ne trouvait pas normal qu'il n'y ait pas plus de groupes de rock français qui aient du succès alors qu'il y en a beaucoup de qualité. Ne considères-tu pas que tu as une part de responsabilité dans cette situation en ne soutenant pas suffisamment des formations nationales talentueuses ?
    Mais moi, je les passe ! Attends mais regarde les couvertures de Rock&Folk : les Naast, les Plasticines, les BB Brunes, Daniel Darc… ce ne sont pas des américains à ce que je sache ? Je crois que ça parle pour nous !
    On a toujours défendu Izia, on défend le rock français : Dieu sait qu’on n’a pas beaucoup vendu par rapport à si on avait mis Janis Joplin, on aurait sans doute vendu beaucoup plus ! On a mis Izia parce qu’on défend le rock français, j’estime que c’est notre boulot, notre devoir et dans chacune de mes émissions, je passe 4 morceaux de rock français par heure et là, je passe tout : je passe Heldon, je passe Dashiell Hedayat, je passe BB Brunes, je passe les Satellittes, je passe Coutin…

    Il y a deux ans, on a fait un bouquin sur le rock français aux éditions Hoëbeke qui s’est quand même vendu à 14.000 exemplaires, quand j’ai fait mon livre sur le rock anglo-saxon j’en ai vendu 60.000 ! J’y ai mis le même cœur à l’ouvrage mais j’en ai vendu 14.000 pour le rock français mais je savais que ça serait dans ces proportions-là mais ça ne m’empêche pas de continuer, de me bagarrer, de passer évidemment Bashung "Mathématique Moderne" qui va bientôt passer et de passer Marie France la semaine dernière.
    Donc, je suis en accord total avec ce que je fais et j’ai fait assez d’interviews de Trust et de Téléphone pour qu’on ne vienne pas me parler des problèmes du rock français, j’essaie de les résoudre (Rires) !

    Crois-tu toujours en cette vertu éducatrice de la radio et de la presse ?
    Ecoute, la radio, c’est le nerf de la guerre si j’ose dire ! Il faut absolument passer par la radio si on veut être connu, si on veut se faire entendre ! Et puis le rock c’est de la musique donc la radio, ça a toujours été fondamental ! Et aujourd’hui ce que l’on constate c’est que les radios se sont éloignées de leur format des années 1980 et elles se ressemblent un peu toutes puisque pratiquement vous avez les mêmes titres joués sur Virgin Radio, sur Europe1 ce qui n’était jamais arrivé !
    La radio et le rock ont souvent fait bon ménage mais aujourd’hui, beaucoup moins ! Aujourd’hui, tout le monde est dans des niches, ça se passe mal : il ne faut pas avoir peur de le dire !

    Et quelle est la place du Net dans cette industrie ?
    Le Net ? Ce n’est pas la radio !

    Même si Ouï Fm a fait un partenariat avec Deezer pour une diffusion des titres des internautes.
    Je ne sais pas. Je ne sais pas ce qu’ils font avec le Net, il faut parler de ça aux gens de Ouï Fm. Je suis juste un Dj le dimanche et tous les matins à 8h15, je leur passe un petit 45 tours roboratif !

    Depuis plusieurs mois, la presse Rock semble de nouveau en pleine forme, avec des nouveaux titres qui apparaissent chez les libraires : Rock First, Mojo, etc ... Que penses-tu de cette nouvelle concurrence à Rock&Folk, alors que depuis quelques années il était quasiment seul sur le marché ?
    Ecoute, la compétition fait les champions ! Chez Rock&Folk, on commençait à s’endormir ! Au début, il y avait Best, il y avait Actuel et Rock&Folk. Les Inrock’ sont partis vers la politique, on le déplore !
    Franchement, je ne vois pas en quoi c’est devenu plus rock, les Inrock’ maintenant qu’ils mettent Nathalie Kosciusko-Morizet en couverture, je ne comprends même pas de quoi il s’agit : c’est une grosse perte pour la musique !
    Donc nous, on est content quand de nouveaux journaux font du rock, c’est très sympa ! Après, il y a des journaux qui arrivent, on se demande qui les fait, si c’est fait par des mecs qui essaient de faire un peu de business ! Enfin nous, on sait bien que ce n’est pas dans la presse rock qu’on fait fortune !

    Un lecteur me fait dire que c'est grâce à toi qu’il a découvert un groupe qui s'appelle IQ, par l'intermédiaire de "La Voix du Lézard" que tu animais aux tous débuts de Skyrock avec Jean-Pierre Dionnet. Peux-tu nous en dire plus sur cette époque ?
    Tu sais, c’était une époque très bizarre parce que quand on a fait "La Voix du Lézard", c’était en 1986/87 ! Avec notre ingénieur du son qui était Dimitri -qui allait devenir Dimitri from Paris en 1990, un des plus grands Dj- on passait du rock, du Cure, de la new-wave, du funk, du rap… Et un jour, un américain est arrivé, il était chargé de reformater la radio et il a été sans ambiguïté, il nous a dit : "Les mecs, soit vous passez Run DMC, soit vous passez les Stones !". On avait beau lui répondre que Aerosmiths et Run DMC… La réponse était un non catégorique ! Ils ont fait un choix, c’était le formatage !
    Mais c’est sûr qu’il y a eu une époque merveilleuse entre 1982 et 1987 où il y avait vraiment une floraison de talents, de possibilités… et la radio était vraiment un domaine créatif ! Et puis après, ça s’industrialise, il y a des règles, il y a des rois du marketing qui arrivent… Mais nous, nous sommes très fiers d’avoir fait "La Voix du Lézard" !

    On parlait d’IQ, suis-tu toujours la scène rock progressive à ce jour et que penses-tu ?
    Non, la scène rock progressive ? On a reçu le nouveau Jethro Tull, il y a deux jours… La scène rock progressive, je la connais peu ! Je connais les groupes psychédéliques, je vois qu’il y a un nouveau psychédélisme qui existe… Il y a Porcupine Tree en Grande-Bretagne mais sinon en ce moment ce que l’on voit, ce ne sont pas de nouvelles scènes mais des exhumations des vieilles !

    Mais n’est-ce pas généraliser trop rapidement cette scène sachant qu’à l’inverse, les BB Brunes que tu citais tout à l’heure peuvent être considérés comme un ressassé du rock des années 1970 ?
    Mais ce n’est pas un ressassé ! Parce que toi, tu as connu les années 1970-80, tu dis que les BB Brunes sont ressassés mais les gamins de 18 ans sont ressassés de rien, c’est leur époque !

    Tu as tout à fait raison mais on peut dire exactement la même chose de groupes actuels de la scène progressive. Mais de façon générale, qui peut se targuer d’être original aujourd’hui ?
    C’est le problème, c’est le problème aujourd’hui ! Non mais c’est vrai, il y a peu de gens qui y arrivent !
    Mais tu sais, la musique pour les musiciens, c’est un métier ! Il ne faut pas être critique, le critique qui cherche l’originalité, celui qui se targue de créer, inventer… mais les musiciens veulent travailler aussi ! On n’est pas obligé d’être dans la création permanente, délirante comme l’a été le rock dans les années 1960 : c’était une autre époque ! On n’avait pas du tout les problèmes qu’aujourd’hui et on a vu surgir des Pink Floyd, des Doors, des Jimi Hendrix…

    Moi, je n’ai pas perdu espoir qu’un gamin magique revienne avec une aura et que tout le monde ait envie de le suivre. Il n’y a pas si longtemps, on a vu arriver Amy Winehouse et puis il y a beaucoup de gens qui ont beaucoup de talent mais ça n’explose pas à la seconde : un type comme Miles Kane, on le suit, on l’aime -il a fait deux fois la couv’ de Rock&Folk : une fois avec les The Last Shadow Puppets, une fois en solo- mais son album ne s’est pas vendu à plus de 7.000 exemplaires ! On lutte, c’est vachement dur : Miles Kane, il fait des télés, il fait des radios… tout le monde est bien conscient que c’est un talent formidable, que c’est un jeune homme extraordinaire qu’il faut aider. Mais à un moment, c’est dur : la machine est complètement détruite ! A une époque, il y avait une chaîne de transmission : un Miles Kane aurait -par sa tournée en première partie des Arctic Monkeys- eu des ventes de disques, les ventes de disques auraient affolé la stratosphère rock. Aujourd’hui, on a enlevé les ventes donc on ne sait plus ! Il y a plein d’artistes mais on ne sait pas certains ne vendent pas aujourd’hui mais ils n’auraient pas plus vendu avant, et il y en a comme Miles Kane qui auraient sans doute vendu énormément mais on ne peut pas le savoir !

    On est dans une espèce de zone où on ne sait pas trop ce que l’on fait, ni les uns, ni les autres et nous, à Rock&Folk, on a décidé d’écouter notre cœur ! Et dans mon émission de radio, c’est pareil : il y a des trucs affreux que je ne passerais pas et des trucs mythiques que je passe et qu’on trouve formidable ! On essaie de suivre à peu près toute la planète rock mais c’est très difficile car c’est devenu colossale ! Quand Captain Beefheart est mort, on a fait une couverture Captain Beefheart, ce qui est gonflé ! Nos lecteurs nous en félicitent encore dans le courrier en nous disant : "Vous l’avez fait : merci les mecs !". Un type dont plus personne ne sait qui est ce personnage mais il a été d’une énorme importance pour la culture rock !

    Donc on essaie de répondre aux attentes de deux générations : il y a des vieux lecteurs de Rock&Folk qui sont sans doute de vieux auditeurs qui ont mon âge et qui sont abonnés depuis les années 1970 et qui mourront abonnés, on reçoit des lettres qui nous le disent tous les jours : "Vous êtes mon drapeau noir ! J’ai tout abandonné, je suis percepteur mais je suis toujours abonné à Rock&Folk : vous êtes ma petite bulle d’oxygène !". Et on est très content de ça !
    Et on a aussi des gamins qui nous envoient des lettres enflammées comme celle d’hier d’un petit groupe qui nous envoie un morceau et c’est plutôt bien en plus !
    Donc, tu vois, le rock continue mais à un niveau très modeste, on ne bat plus de record. Les seuls records qu’on bat, c’est quand tu mets en place un concert de Metallica et le Stade de France est rempli en 10 minutes. C’est génial qu’il y ait encore ces trucs-là où on est encore puissant !

    Tu disais que beaucoup de gens t’apprécient et te remercient…
    … ne me remercient pas moi mais nous en tant que Rock&Folk, ce n’est jamais personnel !

    … malgré tout, ces personnes qui apprécient ce que tu as fait sur "La Voix du Lézard", "Sex Machine" voire "La Discothèque Rock idéale", ne comprennent pas ta démarche avec "La Nouvelle Star".
    Non mais tu sais "La Nouvelle Star" existe en Amérique, ça s’appelle "American Idol" ! Et qui est le juré ? C’est Steven Tyler, le chanteur d’Aerosmith ! Et donc moi, j’étais très fier de remplir le rôle du chanteur d’Aerosmith en France, c’est tout ce que j’ai à dire !

    Donc tu penses qu’en France…
    (Il coupe)… Je pense qu’en France, on a besoin d’un rocker dans les émissions de variété maintenant parce que le rock a tout envahi et je pense que ne pas le comprendre c’est avoir des œillères ! Je pense que c’est comme ça maintenant : le rock est un domaine de l’industrie du spectacle comme la pop, comme le reggae, comme la polka… Et puis maintenant, ça serait impossible de faire une émission pop à grande écoute où il n’y aurait pas les Stones -j’irais plus loin- où il n’y aurait pas les Sex Pistols, AC/DC ou Metallica : on l’a fait !
    Ils avaient besoin de quelqu’un pour dire si un mec chantait bien Metallica comme il faut ou si c’était un "poser" : je l’ai fait et puis voilà ! En Amérique, c’est le chanteur d’Aerosmith qui faisait ça et en France, c’était moi et maintenant, c’est Bertignac : quel est le problème ?

    Donc, tu penses que tu es la caution, le représentant de la cause rock à la télé ?
    Mais je ne suis la caution de rien du tout ! Mais non, ouh la la, il y a un boulot à faire, je l’ai fait, c’est tout ! Je n’ai rien signé avec M6 : j’ai fait un boulot ! Oh la la, calmons-nous, je n’ai rien voulu représenté : c’est Philippe Manœuvre !
    Dans le rock, c’est individuel, il n’y a pas de solution globale pour tout le monde, il n’y a que Bertrand Cantat qui croyait ça ! Le rock, c’est de l’individualisme, ce sont des individus qui font leur truc et moi, je l’ai fait !

    On se souvient de ton agréable surprise quand tu as entendu Madhi reprendre du Tool lors des sélections. N’aurais-tu pas voulu le tirer dans ce territoire durant l’émission ?
    Ouais mais ce n’est pas possible parce que après, la chaîne te dit non, on ne peut chanter Tool à 20h50, on préférerait qu’il chante AC/DC, si il veut vraiment chanter ce style ! Après, je trouvais ça bien que des mecs qui chantaient Oasis, c’était moi qui connaissait le truc et pouvait dire : "Oui c’est bien chanté !" ou : "Non, mon pote ! Arrête, tu ridiculises les Gallagher !". Voilà, c’est tout ce qu’il y avait à faire, c’était un boulot, on a été payé : merci, au revoir !

    Quel est ton album coup de cœur actuel ?
    Mon album coup de cœur, c’est le nouveau Janis Joplin qui vient de sortir cette semaine chez Sony qui est un concert monstrueux enregistré en 1968 avec l’équipe de Chet Helms, donc Big Brother and the Holding Company : c’est un disque incroyable qui a dormi 44 ans pour des histoires légales, juridictionnelles (Rires)… et là, il arrive mais c’est monstrueux parce que c’est bien ! On est sous le choc quand on a un truc comme ça qui arrive ! Personne ne connaissait l’existence de cette bande et c’est mon coup de cœur du mois. Mais j’aime bien le Twin Arrows, un groupe français et je vais écouter Slash dès ton départ (Rires) pour voir ce qu’il a fait !

    A l’inverse celui que tu écoutes sous le manteau car tu as honte de le dire ?
    Non, je n’ai pas honte ! Non, j’ai écouté le Madonna et j’ai trouvé ça un peu fer blanc (Rires) ! Je n’ai pas été transcendé mais on est obligé : c’est le nouveau Madonna, c’est la patronne et il faut l’écouter !

    Quel est ton meilleur souvenir ?
    Mon meilleur souvenir, c’est quand on a rempli l’Olympia avec le Naast, les BB Brunes… ça, c’était un super soir !
    Franchement, toute l’équipe de Rock&Folk a passé 3 ans à faire les Rock’n’roll Friday, à aller au Gibus tous les vendredis soirs. Je voyais tous mes collègues partir en week-ends et moi, j’allais au Gibus avec ma fille.
    On a tenu 3 ans et à la fin, on s’est dit qu’il fallait arrêter parce qu’on n’en pouvait plus… Et les groupes qu’on avait découvert, tout le monde les voulait, ils jouaient dans des Zeniths et nous, on s’est dit : "Faisons l’Olympia !". Et on a fait l’Olympia ! C’était la première fois que Rock&Folk organisait vraiment un concert et on a vendu 1.750 places en trois semaines.
    Donc, là encore, c’était une sensation incroyable : tout l’Olympia était rempli de gamins, j’ai présenté ça, tout le monde hurlait là-dedans ! C’était vraiment une nouvelle génération qui arrivait pour le rock !
    Et moi, perso, je sais que beaucoup de gens étaient fous de rage (Rires) mais ça m’a vraiment fait plaisir de présenter cette soirée !

    Et pourquoi certains étaient fous de rage ?
    Ah bah apparemment, ça ne leur revenait pas, ça ne leur plaisait pas ! Il y avait beaucoup de gens qui n’étaient pas contents ! Oh la la, on s’en est pris plein la gueule (Rires) alors qu’on a juste aidé des gamins à faire des concerts… Mais ce n’est pas grave !

    Tu as évoqué ton meilleur souvenir au contraire quel pourrait être le pire ?
    Oh le pire souvenir, c’est toujours des histoires quand on sort d’une interview et qu’on s’aperçoit que ça n’a pas enregistré et on se dit : "Merde !". Et là, il faut littéralement s’enfermer dans une pièce et écrire à la main absolument tout. Parce que si par exemple, tu me dis que notre interview n’a pas été enregistrée et bien, on essaiera de recommencer bien évidemment. Mais si tu étais avec Tricky, il n’y a aucune chance, laisse tomber ! Et ça m’est arrivé avec Tricky ! Je me souviens, j’étais sur le chemin du retour dans le taxi, j’écoutais la bande et il n’y avait plus rien : ça n’avait pas marché ! Je suis rentré chez moi, j’ai commencé à retranscrire de tête… Ca c’est vraiment des souvenirs horribles !



    Cette anecdote me rappelle le premier spectacle de Thomas VDB…
    … Oui (Rires) !

    A ce propos, nous confirmes-tu le sketch du deuxième spectacle de Thomas VDB.
    Ah je n’ai pas vu ce sketch-là !

    Et bien dans ce sketch, il dit que tu l’as invité pour venir jouer pour ton anniversaire…
    … Oui (Sourire) !

    … et que Joey Starr lui demandait que tu lui fasses fermer sa gueule.
    Oui (Rires) ! Ouais, ouais, c’est vrai (Eclat de rires) !

    A cet égard, tu as fait la voix française de Paul, ça te dirait une carrière artistique à la VDB ?
    Alors, on va faire une conférence cet été au Francofolies avec Patrick Eudeline : on va lancer la conférence punk ! Tous les deux, on va venir avec nos Perfectos d’époque et nos souvenirs d’époque, on ne prépare pas, on n’a pas de groupe, c’est une conférence parlée d’1h30 ! Ca va être le lancement, genre le 14 Juillet à la Rochelle (Rires), si tu es là, je t’invite !

    Donc 1h30 d’anecdotes croustillantes !
    Des anecdotes du punk, on va raconter nos années punk. Moi, j’étais journaliste, je les ai tous rencontré et Patrick Eudeline était musicien, il a fait les premières parties de tous ces groupes. On a un certain nombre d’anecdote sur Sid Vicious, les Clash, camarade Strumski etc… : on va tout raconter ! Ca va être l’occasion de faire un truc aux Francofolies ne pas y aller comme des idiots : ça sera rigolo !

    Qu’est-ce que tu voulais faire gamin ?
    Rien (Rires) ! Franchement : écrire, rêvasser… c’était ça qui m’intéressait !

    Donc tu dois être fier de ce que tu es devenu ?
    Et bien, je suis très fier d’avoir travaillé dans la musique sans avoir connu personne ! Je suis l’exemple même de la personne venue de sa cambrousse en disant : "Vous faîtes ce que je veux faire : je veux être avec vous, je veux travailler là-dedans…". Ca s’est très bien passé, merci à tous les gens !

    On a commencé cette interview par la question qu’on t’a trop souvent posée, au contraire, quelle est celle que tu souhaiterais que je te pose ?
    (Rires) C’est très marrant pendant tout le temps où je faisais "La Nouvelle Star", j’étais interviewé tous les jours pendant 3 ans et on me demandait toujours à la fin : "Philippe Manœuvre, quelle est votre chanteuse favorite ?". J’ai toujours répondu la même chose, c’est Oum Kalthoum, la grande diva arabe, la plus grande chanteuse arabe de tous les temps qui avait enregistré "Leilet Hobb" etc… Bizarrement, ça passait à la trappe, jamais personne n’a imprimé la réponse, c’est un scoop que je te donne (Rires) !

    La traditionnelle dernière question, quel mot de la fin voudrais-tu dire aux lecteurs de MusicWaves ?
    Et bien écoute, je vais leur dire : "Ecoutez cette émission de radio !" parce que c’est vraiment un truc comme en 1972 (Rires) ! On a aboli 40 années de maléfices et d’un seul coup, c’est de la radio rock : un mec arrive avec sa caisse de disques et suivant son humeur du moment, dimanche prochain, il se pourrait qu’on passe toute la fin d’"Abbey Road", toute la face 2 d’"Abbey Road". J’ai trouvé une copie d’"Abbey Road" en vinyle mais c’est tellement incroyable, le son de la basse de McCartney en vinyle que j’ai envie de partager ça : c’est une émission dont le mot d’ordre est partager !
    Partage ! Il y a déjà un auditeur qui m’a amené un disque que j’avais réclamé à l’antenne. Donc voilà, un petit truc qu’on va passer dimanche : un maxi des Ramones, je savais que ça existait, ça a été tiré à 5.000 exemplaires et il y a un mec qui m’a envoyé un mail en disant qu’il l’avait si je voulais. Donc, il va me l’amener, on va le passer : c’est génial ! Le partage, quoi et que juste les gens écoutent et leurs oreilles entendront le son du vinyle !

    Merci !
    Merci à toi, merci à toi d’être venu !


    Un grand merci à Fanny de Ouï Fm d’avoir permis cette rencontre, TonyB et Loloceltic pour leur contribution constructive et NicolasG pour son aide précieuse sans lesquels cette interview n'aurait pas été possible...
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